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L’utilité de la méthode comparative-historique dans le droit romain actuel

ESSENTIALS-Valerius-CiucaPréface

Je suis généralement sceptique en ce qui concerne les méthodes paradigmatiques d’étude des sciences socio-humaines, juridiques, philosophiques  et même des études positives. Dans notre domaine, j’ose dire, l’enseignant est souverain dans l’évaluation quantitative et qualitative des moyens de connaissance romaniste. En tant que tel, je crois, chaque enseignant a la prérogative absolue d’adopter une méthode ou de créer quelque chose de nouveau en fonction de son talent, son temps, sa disposition plus ou moins fainéante et des  exigences intellectuelles du milieu professionnel. Il peut faire cela de manière empirique, même brillante, et atteindre une performance intellectuelle notable, une odyssée admirable de la connaissance juridique, tout comme celle ironiquement assumée par le professeur émérite Jacques Vanderlinden lorsqu’il reprenait, dans une étude, en filigrane, l’exhortation de Geoffrey Samuel et, implicitement, de C. Hart.[1]

Fidèle à ce principe de la liberté de pensée et de recherche sans limites, à cet esprit ludique et imaginatif (dans le sens de Homo ludens de J. Huizinga), je tiens à souligner depuis le début que ce petit travail ne contiendra aucune exhortation dans un sens ou un autre et d’autant moins un modèle. C’est justement une illustration d’un modus operandi dans le domaine de l’épistémologie vaste, ”impériale”, du droit romain.

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L’étude du droit romain est en crise, en Europe, depuis plus d’un siècle, depuis que les décideurs politiques ont estimé qu’il prenait trop de temps dans les curricula universitaires et, par conséquent, ils l’ont «renversé» en faveur du droit civil (dans le sens formaliste). Le droit civil a eu le même sort, sinon pire encore, car il a été défiguré par des divisions irrationnelles (théorie générale, personne, droits réels, obligations, contrats spéciaux, successions, commerce, famille, etc.). Il a perdu son organicité et sa congruence ; il a perdu son « esprit » et est devenu, pour ainsi dire, « paroissial », un droit « sectaire ». On ne parle plus maintenant de la crise du droit romain ou de celle du droit civil. On contemple tout l’enseignement juridique européen, massifié, banalisé et infantilisé (ce ”droit-galette”, au lieu du ”droit-cathédrale” d’antan, pour paraphraser un penseur contemporain qui comparait l’éducation classique, de type «homme-cathédrale» avec l’e-learning moderne, de type ”homme-galette”, superficiel, inflationniste, sans profondeur…). La crise de l’enseignement juridique européen (et non seulement) est si grande que nos collègues de Birmingham Law School ont même mis en place un centre spécialisé sur ce thème il y a seulement quatre ans, Center for Professional Legal Education and Research (CEPLER). Leur premier livre (une collection d’articles scientifiques a une couverture qui parle pour elle-même: une terre désertique, très fissurée, couverte par un ciel couleur du plomb, mais pas avec de bons nuages de pluie, des nuages cubitus…)[2]. Même les américains se plaignent…[3] Les européens du continent encore plus…[4] Moi-même, j’ai transformé la préface du dernier volume de droit romain, publié récemment, dans une véritable diatribe sarcastique du gâchis inimaginable de l’enseignement juridique européen (en raison de l’abandon du numerus clausus restrictif à l’admission, du renoncement aux examens en faveur de ces infantilisants tests à choix multiples, de la préférence pour les disciplines de niche, opportunistes, suivant la mode du temps, au lieu de celles formatives, classiques, de l’abolition des méthodes d’étude en faveur de la précarité et de la frugalité expéditive de « l’étude » de cas, fondée seulement sur des bases intuitives, non-épistémologiques, des eaux troubles où « nagent » les professeurs qui maîtrisent avec difficulté même leur propre langue maternelle…etc.)[5]. On est allé trop loin avec la méfiance envers l’esprit épistémologique du droit romain, la philosophie du droit, le studium generale et, surtout, envers l’érudition des juristes qui était, à l’époque de la domination académique du droit romain, carrément légendaire. Un juge anglais, accablé par la banalisation de l’étude du droit, a osé nous présenter le spectre de ce cadavre non enseveli, par des épithètes peu flatteuses, allant de ”joueurs oubliés” à ”brigands”[6]

Lorsque nous approchons l’étude du droit romain, nous, les Européens continentaux, devons garder à l’esprit le fait que, en plus de la crise généralisée et profonde des études juridiques, qui est une crise incontournable, nous affrontons un autre  hiatus, c’est-à-dire que nous recherchons, peu ou, plutôt, insuffisamment préparés, un domaine de la noosphère juridique. L’inadaptation est due à la rupture épistémologique causée par le formalisme juridique excessif, presque absolu, imposé par la «sanctification» de la loi, en particulier dans l’aval temporel et psychologique de la codification napoléonienne. Nous avons acquis une manière sophistiquée et ultra positiviste de justifier toute norme, sur l’autel de la matrice nomothétique codifiée, mais nous avons perdu la vision sthénique, philosophique, rationaliste, caractéristique au droit romain, la vision ”prétorienne”, jus naturaliste, caractéristique des préteurs et, par extension, de la jurisprudence (la philosophie du droit, avant la lettre), respectivement des juges. Un certain équilibre s’impose, et le droit romain classique, avec ses bien connues influences stoïques, très ouvert vers l’idéal humaniste et favorable à la propagation de l’homme de l’avenir sous la forme de l’Homo juridicus (ce qui deviendra une constante des grands penseurs, tels Jan Smits[7], Alexandru Zub[8] et Alain Supiot[9] etc.), est idéal pour l’identification de cet équilibre.

Le droit romain, dans une expression métaphorique, a été « écrit » par les préteurs pour les juges dévoués à l’équité, à la justice, ce qui le rend, par voie ontologique, principielle, un système « complet »; son ontologie inhérente, son objectivité implicite, comme le dirait Dworkin[10], sauve sa substance. En fait, il a été écrit par des « juristes », par des spécialistes du droit avant la lettre, parce que les préteurs avaient des mandats de seulement un an, les juges étaient simplement les grands herméneutes des faits, de « l’ affaire », non pas du droit, les avocats (oratores) se dédiaient surtout à l’art oratoire (sous influence sophiste et calophile, et non pas sous l’elegantia juris précise, simple, pré-nominaliste, préscientifique, non-baroque avant la lettre). La perpétuation des règles d’interprétation revenait, ainsi, aux fonctionnaires des « cabinets » des préteurs, à ceux qui rédigeaient la legisactio, responsa et formula, ce qui fait du référendaire intelligent, sage et modeste, quasi-anonyme des bureaux des juges européens d’aujourd’hui ou le law clerck anglo-américain, le véritable grand spécialiste du droit, un véritable Héphaïstos juriste dans son « atelier », continuellement échauffé et laborieux.[11]

Le droit privé moderne, au contraire, est « écrit » juste dans l’intérêt du législateur uniformisant et paradigmatique, ce qui le transforme dans un système toujours insuffisant, insatiable, quelque inflationniste qu’il soit, lié au  quantitativisme normatif et stérile et, parfois, injuste, fondé uniquement sur l’apparence des lettres mortes. À ce point je m’éloigne de Malaurie[12], qui est moins permissif avec la jurisprudence que Gustav Radbruch, le défendeur de  la primauté du droit[13]. Je m’éloigne de lui aussi parce que, contrairement à Jean Carbonnier, mon maître et ami épistolaire d’autrefois, il n’accepte pas facilement les nouvelles métaphores juridiques, même si le droit, en général, et le droit romain en particulier, représentent un champ fertile du poiesis et de l’auto-poiesis. ”Le droit, dans son ensemble, est une métaphore”[14], une poésie, disent les sages. Dans mes travaux scientifiques et pédagogiques, afin de faciliter la compréhension de l’essence du phénomène juridique romain (et non seulement), j’utilise largement les métaphores. Mes disciples ont bien apprécié cette aide, ceci étant un des critères de ma nominalisation en tant que Professeur Bologna.

De cette façon, je pense, nous, les romanistes Européens, nous nous rapprochons de l’esprit profond du droit romain par des détours, en déambulant, par le droit privé comparé (avec toutes ses recherches anthropologiques, sociologiques, philosophiques et historiques), en provoquant nous-mêmes une autre rupture épistémologique, cette fois inspirée par le Common Law, tout comme celui-ci a été inspiré par et développé sur le canevas du droit romain, tant en Écosse qu’en Angleterre et, plus tard, dans le Royaume Uni.[15]

Ce système «antisystème» anglo-américain, ayant de profondes racines  romanistes[16], continue, en essence, le mécanisme de reproduction et de renaissance, de palingénésie du droit romain (dans son expression ancienne, classique, de souche papinienne, ulpienne et paulienne,[17] une expression approfondie par le romaniste anglais Anthony Maurice Honoré, Ulpian, Pioneer of Human Rights, Editio princeps, 1982[18]). C’est une sorte de palingénésie dissimulée en des civil laws.[19]

À partir de William Blackstone[20], en passant par William Burdick (la « Bible » de mes bibliographies…)[21], et les romanistes de tradition anglo-américaine contemporains, comme exempli gratia, Dr. Reinhard Zimmermann[22], l’idée de la prévalence du salut, dans le common law, de l’esprit romaniste, par le  jurisprudentialisme ”prétorien” vif et par attachement occidental, de type individualiste, est un lieu commun, plutôt que dans la tradition civil law[23].  Ce phénomène est plus accentué dans les systèmes osmotiques, comme, exempli gratia, le droit écossais ou québécois, ou de l’État Louisiane etc.[24]

Nous, les européens continentaux, en estimant profitable le traitement « institutionnel » des règles, nous reprenons du droit romain classique surtout les aspects superficiels, voire apophtegmatiques, de la grande création juridique romaine (telle que sauvée par l’œuvre quadripartite de Justinien, Codex, Pandectae, Institutiones, Novellae). Ce légalisme formaliste accablant conduit à une réception ”dadaïste” du droit romain, à un « véhicule » sans moteur…

Pour atténuer l’inadaptation dont j’ai parlé, dans le cours de droit romain  offert aux étudiants de l’Ière année au premier cycle d’études universitaires, j’utilise la méthode socratique (combinée, au moins pendant la première heure du cours, avec la méthode magistrale, avec support électronique). Je commence les cours avec jus actionum (on apprend le droit au « tribunal », et non pas à ”l’école”, comme le faisaient premièrement les Romains, et dans ce sens on essaye de déchiffrer la perspective procédurale avant cella de droit matériel, ou, comme l’on dirait, substantiel…). Je ne mets pas trop d’accent sur le jus personarum et sur les institutions de jus publicum,  pour ne pas favoriser les confusions idéologiques suscitées par les appréhensions d’Engels envers le droit romain grâce à la recherche du status libertatis et de la question de l’esclavage. Enfin, notre plus grande attention est concentrée sur les institutions de jus rerum (surtout dans jura obligationum : “La théorie des obligations (jura obligationum, n.m.), la plus belle création des jurisconsultes romains, est la partie du droit civil qui varie le moins d’une génération à l’autre et d’un peuple à l’autre”; telle est la thèse du professeur civiliste roumain, George Plastara, exprimée au début du siècle dernier, à laquelle j’acquiesce sans réserves).[25]

Pendant les séminaires, en présence de mon assistant, on vérifie les synoptiques (les schémas logiques) structuralistes préparées chaque semaine par les étudiants, dans le cadre de l’étude individuelle, autodidacte, sur la base du texte explicatif du manuel de la chaire.

En ce qui concerne le manuel, maintenant à sa deuxième édition, la méthode préférée que j’ai choisie a été celle comparative-historique ; il ne s’agit pas d’un comparatisme avancé, d’ordre anthropologique, mais d’un comparatisme primaire, mis ”en miroir” (texte versus texte), avec des critères nomothétiques illustrant la culture juridique romaine (le texte de base), la norme civile roumaine, le texte-souche du Code civile napoléonien et, éventuellement, des sources formelles du common law anglo-américain.

Dans les cours magistraux hebdomadaires, parfois j’ajoute aux explications pour les thèmes institutionnalistes des éléments du comparatisme actuel, fixé sur le canevas de la mythologie, de la théologie, de l’anthropologie et de la sociologie juridique, avec des éléments philosophiques évidents (en définissant, d’ailleurs, le droit comme étant une philosophie sociale appliquée) et même des éléments d’anthroposophie et d’ethnologie juridique, un peu sous le signe d’une première conception sur les controverses méthodologiques du siècle passé illustrée par Marc Ancel.[26] Notre interdisciplinarité reste, cependant, sélective, congruente aux méthodes de l’interprétation juridique, afin justement de ne pas fausser les spécificités universellement reconnues de l’herméneutique romaniste du droit. Il faut souligner ici que, bien que proche de la pluridisciplinarité du penseur Richard Posner, je partage l’opinion tranchante du professeur de droit privé de l’Université de Maastricht, Pays Bas, Jan M. Smits.[27]

Ci-dessus je viens de présenter l’approche didactique.

L’approche herméneutique, propre à la recherche scientifique, est, dans le travail d’équipe avec mes collaborateurs, habituellement d’origine néoscolastique. Pour cela, j’ai abandonné le descriptivisme spécifique à l’école exégétique française et même à l’école de la libre recherche inspirée par François Gény[28], au profit du structuralisme logique, rationaliste (avant la lettre) bartoliste. Je crois que la méthode bartoliste et l’école des commentateurs ont atteint le sommet de l’affirmation de l’herméneutique juridique, en nous offrant la bonne voie vers la compréhension profonde de l’esprit  des normes étudiées et, en même temps, la sobriété de la connaissance appliquée, le tout dans le bon esprit jurisprudentiel, prétorien,  fonctionnaliste, tellement applaudi encore dans les prétoires de nos tribunaux européens d’aujourd’hui.

J’ai amélioré, bien sûr, au meilleur de mes capacités, la méthode bartoliste (telle que décrite par Philippe Malaurie dans son ouvrage, Anthologie de la pensée juridique[29]), en la transformant dans une méthode organiciste. Le cercle d’herméneutique juridique porte, d’ailleurs, le nom: ”L’école de droit organique”, et fonctionne dans le cadre du Centre Robertianum de droit privé européen (un centre que j’ai imaginé, initié et fondé dans le cadre de l’ Université « Alexandru Ioan Cuza » de Iași, a cote d’illustres collègues, les professeurs Codrin Macovei, Septimiu Panainte et Nicoleta Dominte,  et qui, en partant du noyau de base, néo-organiciste, comprend aussi les cercles de droit civil européen, ”Dimitrie Alexandresco” et de droit social européen, ”Europae caritas”, respectivement un atelier de créations intellectuelles, ”Insignis, Scientia & Ars”, sous les auspices de mes collaborateurs[30]).

Aux cinq étapes méthodologiques bartolistes, j’ai ajouté encore deux (quarto comparabo, respectivement, septimum queram, brocardum et de lege ferenda), justement en vue de conférer à l’herméneutique juridique le sens de auto-poiesis, de créativité. J’ai introduit aussi, selon l’état des sciences modernes et postmodernes, plusieurs structures interprétatives qui hébergent, dans l’esprit interdisciplinaire, des résultats notables des sciences juridiques soi-disant « auxiliaires ».

Toutes ces améliorations permettent la flexibilité dans l’art de la dialectique juridique, l’ouverture vers raisons et raisonnements inconnus et un bon ancrage de l’herméneutique dans l’espace sthénique des exemples clairs (on se rappelle, ici, le brocard de Sénèque: Longum est iter per praecepta, breve et efficax per exempla)[31].

Au sein de l’école doctorale, où je conduis des recherches de droit privé comparé, l’étude des carrefours culturels et réglementaires des institutions modernes avec celles romaines est inéluctable, et la méthode comparative-historique, aux bonnes influences néoscolastiques, structuralistes-logiques et rationalistes, est utilisée aussi par mes doctorants.

Dans la préface d’un ouvrage qui comprend des applications de mes jeunes disciples et collaborateurs, un ouvrage au titre éponyme ”L’école de droit organique”, j’explique cette méthode en détail. Je reproduis, ici, l’essentiel, en addendum, par quelques excerptae.

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 Addendum :

Préface” au tome collectif L’école de droit organique, Ed. Junimea, Iași, 2007[32] :

”I – primum dividam (premièrement, j’analyse le texte juridique; je fais l’analyse du texte juridique par:

I.1 – lectura, la présentation intégrale du texte juridique, même interpolée, comme fondement herméneutique sine qua non); „lire la loi”, dans le sens de l’accomplissement (par la langue) du trajet „texte-cognition”[33] est la condition préalable de la compréhension organique;

I.2 – summa, le résumé du texte, en tant qu’abréviation eidétique de travail ou message essentiel, par lequel on peut seulement déduire la finalité du texte, nous obtenons seulement une image d’orientation dans l’œuvre de compréhension juridique qui nous guidera, comme le daemon de Socrate, invoqué par l’intuitionniste Henri Bergson[34], par le labyrinthe des explications);

II – secundum ponam casum (deuxièmement, je vais commencer l’herméneutique proprement-dite, par une casuistique réelle et eidétique, imaginaire, j’identifie le lien immédiat entre l’abstraction du texte et la réalité conflictuelle juridique; travail de diagnose juridique ou de détermination fondamentale du rapport juridique);

III – tertium historia regulae explorabo (troisièmement, je vais examiner le premier axe de l’investigation comparatiste, l’axe vertical, sur l’échelle historique du devenir du droit objectif); ici on comprend premièrement, comme élément du rapport diachronique, l’interprétation commune, faite après les usages ou les habitudes populaires au moments des légiférassions, selon la maxime romaine Optima enim est legum interpres consuetudo („La coutume est une excellent interprète des lois”)[35]; la coutume est, d’ailleurs, une excellente interprète du droit international public aussi (un système coutumier par excellence), et même des conventions entre les individus.

IV – quartum comparabo (quatrièmement, sur l’axe horizontal du travail de comparaison, je vais inclure, dans l’analyse prospective et exploratoire, des références au texte matriciel d’Institutionum seu elementorum (Justinien) et au Code civil napoléonien, à des textes similaires ou ayant un objet similaire, d’autres codes civils et éventuelles normes à caractère civil similaire appartenant à d’autres familles de droit, tel , e.g., common law, le droit islamique etc., ayant la ferme conviction qu’en m’inspirant de la flamme des autres, je maintiens vive la mienne, et la culture juridique a le pouvoir de conférer de la vigueur à la compréhension de son propre esprit et de son propre bagage d’idéaux); de cette façon, en continuant la perspective décrite par Marc Ancel, on complète le cadre „binaire” (cf. Van Tieghem) de la recherche comparative (sur l’abscisse synchronique et l’ordonnée diachronique, nécessairement complémentaires, selon M. Mattteuci)[36];

V – quintum colligam [cinquièmement, je ferai une possible exégèse du texte par:

V1 – l’analyse grammaticale – littera;  dans cette subdivision de la cinquième étape méthodologique, pour éviter les nombreuses proximités avec les structure d’analyse grammaticale propres au domaine philologique, d’ailleurs tout à fait naturelles[37], on pourra structurer le discours argumentatif sur une grille traditionnelle d’„adagios-règles”[38], cette fois-ci, purement juridiques, comme suit:

V.1.a – vulgari usu loquendi: les notions et les locutions sont interprétées selon le sens communs, usuels, des analyses morpho-syntactiques courantes;

V.1.b – ab etymologia: on va chercher le sens original des concepts qu’on opère;

V.1.c – a rationis legis stricta: on étudiera les significations particulières des concepts, tels que définies, expressis verbis, par les règles du législateur;

V.1.d – ab rationis legis: on identifiera les significations déductibles au sein de la loi, dans sa logique de produire des effets juridiques;

V.1.e – pro subjecta materiae: les expressions juridiques peuvent, finalement, être interprétées en contradiction flagrante avec la valeur sémantique vulgaire, commune, si la raison de la matière couverte par le texte l’exige, ce qui signifie une préférence naturelle, finale et utilitariste pour le téléologique, pour le sens du devenir, pour la substitution imaginaire du législateur  actualisé comme une forme de «conscience indirecte» (comme le dirait Gilbert Durand)[39];

V.2 – la contextualisation – sententia – qui suppose, dans une analyse ex cursive – expectative, des recherches pluridisciplinaires (d’une manière annoncée précédemment)[40], de droit romain, sociologie, anthropologie, psychologie juridique (qui observe le paysage fracturé de la grande tragédie de la justice, née de l’interférence continue des sentiments et de la raison, comme dans l’esprit et les actions de certains „Oreste et Électre” spontanés et pensifs en même temps) et de la philosophie de la norme comprise dans le texte, etc.; on encourage, si possible, les „articulées” ou interdisciplinaires et surtout celles „intégrées” ou transdisciplinaires, qui mettent le mieux en valeur l’organicisme de notre méthode;[41] c’est essentiel le traitement jus naturaliste de l’institution juridique présente dans le texte analysé, ce qui signifie en termes modernes, l’interprétation philosophique de la règle selon la tradition aristotélicienne (Aristote étant le premier à démontrer la «naturalité du gouvernement »)[42]; on ne peut pas ignorer, bien sûr, la tradition philosophique  jus naturaliste romaine, cicéronienne[43] ou paulienne (Quod semper æquum ac bonum est jus dicitur, ut est jus naturale)[44] et, surtout, les valides définitions d’Ulpianus des Pandectes[45] ou des  Institutes de Justinien;[46] auxquelles on peut ajouter  la conception d’Unger: „Seulement la combinaison entre le sens juridique et la raison juridique peut mener à des arrêts justes sur la base de motifs justes. Le sentiment de ce qui est de droit exercé par la logique, le sens juridique intensifié par la science,  un instinct juridique rationalisé, voilà ce dont l’homme a besoin. Sa tête et son cœur lui sont également nécessaires”;[47] la tête et le cœur, voire les „coordonnées de l’interprétation sur une base cognitive-affective”, selon un penseur roumain;[48]

V.3 – l’identification du sens philosophique et théologique, ainsi que du sens social et politique (l’herméneutique juridique organique doit toujours accompagner la bonne perception de la réalité, pas seulement l’univocité du texte); le sens théologique est le premier des sens, en représentant, généralement le modèle standard, de la norme, et indirectement, du texte; l’illustration évidente de ce concept réside dans la purement herméneutique expression du Christ „Je suis le chemin, la vérité et la vie”; le sens relativiste, philosophie, est un sens secondaire et critique; ces significations sont déduites de la pleine exploitation du critère exégétique[49], pour que les séduisantes interférences de la culture subjectiviste (ou, le plus souvent, idéologiques) de l’herméneute-juriste avec les significations du texte interprété soient minimales;

V.4 – l’identification du sens obscur – sensus -, c’est-à-dire du quatrième sens (qui vient compléter „la rose des vents” herméneutique, des points „cardinaux” de l’interprétation, du „cadran” de la compréhension), un sens métaphysique ou  initiatique, partisan du sens apparent, supposément impliqué par Dante Alighieri dans sa méthode  interprétative („… si possono intendere e de onsi massimamente per quatro sensi”)[50]; l’interprétation inauthentique d’un texte suppose aussi le sondage de „l’insondable”, du but ultime, éloigné” de la création normative (comme effet de la croyance jusnaturaliste ou transcendentaliste si suggestivement illustrée par une devise comparatiste française, l’expression Lex multiplex, jus unum)[51], sondage accepté même par les positivistes ardents, tels que, par exemple    Kelsen[52], (bien sûr, seulement en relation avec les épistémologies de leurs propres scientifiques, raison pour laquelle ils le considèrent, assez ironiquement, comme une interprétation „privée”)][53];

VI – sextum opponam et quaestio (sixièmement, je vais étudier les objections possibles au raisonnement impliqué par le texte et je vais clarifier les contradictions suivant la méthode dialectique); je le fais parce que la justice et le droit  sont, dans le sens aristotélicien que nous empruntons, des catégories relatives, qui dépendent d’autres catégories et, en plus, il y a des spécificités interprétatives pour chaque branche juridique, que nous ne devons pas ignorer dans cette méthodologie universaliste, organique; en d’autres termes, ils ne sont pas des entités qualitatives ou des qualités en eux-mêmes, selon la même définition aristotélicienne („On appelle relatives toutes les choses qui, en eux-mêmes, sont considérées comme dépendant d’autres choses ou se rapportent de quelque façon à une autre chose…”)[54]; notre application dialectique se réalise par la triade tellement utilisée et connue (qui ne devrait pas être fétichisée, si l’on considère que la réalité judiciaire n’est pas, invariablement, de type binaire, comme dans la logique aristotélicienne, avec sa règle fondamentale tertium non datur, mais, au contraire, elle est souvent fractale, basée sur exceptio ou, de plus, sur exceptio exceptionis causa):

VI.1 – la thèse – pro auctoritas;

VI.2 – l’antithèse – contra auctoritas;

VI.3 – la synthèse – dicta;

VII – septimum queram, brocardum et de lege ferenda [septièmement, je vais examiner les justifications du droit sanctionné par le texte respectif en exposant les arguments et les exceptions, y compris exceptio exceptionis causa, en respectant finalement les principes généraux, des brocarts durables (sempiterna ou immuables, comme caractéristique déterminante du droit naturel, comme présentée par Hugo Grotius, le fondateur formel de l’école du droit naturel)[55] et avec une éventuelle proposition de lege ferenda, dans le cadre de l’analyse incursive – réceptive, ce qui implique le rapport du texte à la politique législative actuelle et à une virtualité eidétique désirable]”[56].

Ce qui n’est pas décelable dans les paroles ci-dessus, qui préfacent cet ouvrage collectif, est en fait le facteur le plus important: la joie gratuite de nous retrouver tous, jeunes professeurs et étudiants, comme suivant un rituel mensuel, autour du modèle interprétatif et de la figure de l’interprète, tels que „sculptés”, en toute honnêteté intellectuelle, dans le „marbre” des idéaux socio-juridiques, par Francis Bacon, dans le complément au Novum Organonum, De interpretatione naturae sententiae XII.”


[1] Jacques Vanderlinden, ”Book Review, Geoffrey Samuel, An Introduction to Comparative Law Theory and Method (Hart Publishing, Oxford & Portland, Oregon, 2014)”, în Journal of Civil Law Studies, Vol. 8, N. 1, 10.5.2015, pp. 357-358: ”If I was an empiricist, the circumstances of my life were such that I rarely had much time to spend on ”some serious preliminary reading and research” as defined in five lines by C. Hart and adopted by the author (Note 9: Samuel, supra note 2, at 26)”.
[2] Voir The Futures of Legal Education and the Legal Profession, Edited by Hilary Sommerland, Sonia Harris-Short, Steven Vaughan and Richard Young, Hart Publishing, Oxford and Portland, Oregon, 2015, in integrum.
[3] Ethan Bronner, « U.S. law schools see plunge in applicants », in International Herald Tribune, Friday February 1, 2013, p. 16: “In 2004, there were 100,000 applicants to law schools; this year, there are likely to be 54,000”.
[4] Valerius M. Ciuca, Marc Richevaux, Bruno Roussel et Jeanne-Marie Wailly, « L’impossibilité de quantifier le qualitatif », en L’évaluation de la recherche en droit. Enjeux et méthodes (Assessing Research in Law. Stakes and Method), sous la direction de Thierry Tanquerel et Alexandre Flückiger, Ed. Bruylant,  Bruxelles, 2015, pp. 307 et sq. : « Tous ces « rankings » sont des illusions trompeuses qui servent pour les « administrateurs », mais en tout cas pas pour les sages, les professionnels, les philosophes et les chercheurs. C’est le signe d’une épidémie d’ignorance, sous le nom prétentieux d’une « métrie »… », et  le principe d’équité selon la C.J.U.E. (« … ne pas traiter des situations differentes avec la meme mesure et les situations semblables avec des mesures differentes… »), reproduit en V.M. Ciuca, Euronomosofia, Vol. I, Ed. de la Fondation Académique AXIS, Iasi, Roumanie, 2012).
[5] Valerius M. Ciucă, Drept roman. Lecțiuni, Editura Universității ”Alexandru Ioan Cuza”, Iași, 2015, Vol. I, Argumentum, pp. 21-25.
[6] The Honnorable Mr Justice Beatson (High Court, Queen´s Bench Division), Inner Temple reader´s Lecture Series: Legal Academics: Forgotten Players or Interlopers?, p. 31: ”Lord Rodger would have probably teased Professor Birks for his statement that, if research in law schools “is ever useless to judges and practising lawyers, we will come adrift from our foundations”95 as being somewhat overstated. But overstated or not, there is much truth in it. Lord Devlin observed in 1962 that, since we base our administration of justice on judges who are not necessarily selected for their erudition in the law, we have more need for the work of academic lawyers than they do in some other systems of law where academic lawyers are honored and revered.”
Voir : https://www.innertemple.org.uk/downloads/education/lectures/lecture_beatson.pdf, 23.VIII.2016.
[7] Jan M. Smits, The Mind and Method of the Legal Academic, Edward Elgar Publishing Limited, 2012, pp. 35 et sq.:”The Homo juridicus: towards a redefinition of normative legal science (…) 3. Normative legal science: in search of the Homo juridicus; 23. The Legal perspective: (…) As stated then, the core of legal science is formed by the normative question of what the law ought to be. The descriptive, empirical and theoretical approaches to law, which were previously distinguished, are no doubt prominent perspectives – and the latter two have rightly received a lot of attention lately – but this should not lead us away from the core of the legal discipline and how it differs from other fields.”
[8] Alexandru Zub, ”Homo juridicus în viziune europenistă” (”Homo juridicus dans la vision européaniste”), extrait, revue Însemnări ieșene, mars 2012, pp. 84-85: «…L’Europe, l’Europe. Combien d’espoirs ! Combien d’inquiétude! L’euro-nomo-sophie. La sagesse de l’espace européen, de ses règles. Quel thème de méditation obsédant! » Ainsi commence le nouveau volume de prolégomènes fortement recommandé dans la préface (Être ou ne pas être… européen) par un théologien catholique éminent, le professeur Wilhelm Dancă, où on révèle le bon emplacement du livre dans un « registre de bénéficions et de tensions européennes ». Il serait à peu près, à savoir, la «première tentative roumaine de systématisation herméneutique de la philosophie du droit européen », domaine envisagé d’une manière organique, évolutive, intégrative. On peut reconnaitre en elle, avec raison, une lectio magistralis synchronique sur le rôle inéluctable des racines spirituelles dans le décryptage et l’emprunt de l’identité européenne. » Un appel à une plus profonde connaissance de soi est engendré par le discours ”euro-nomo-sophique” compliqué, dont le début est vraiment une bonne page d’égo-histoire sur l’« Europe » de l’auteur. Une réalité complexe, dynamique, en constante évolution: de l’euro-mythe à l’euro-utopie à l’euro-onirie et la Pax Europaea. Ces incursions dans l’univers ont une claire intention instructive et pédagogique,  en formant une mosaïque d’idées, de suggestions, des thèmes qui peuvent être approfondis. Une bonne partie est composée, d’ailleurs, de textes juridiques illustratifs, auxquels les bénéficiaires sont invités à faire appel. Ils crayonnent une « Europe juridique » fabuleuse et contradictoire”, où l’auteur rencontre des précurseurs illustres, dont Savigny lui-même, dont la vision organiciste est encore pleine de suggestions. L’ouvrage laisse l’impression d’une radiographie encyclopédique, une certainement adaptée au but déclaré, celui de suivre les ”fulgurations” de l’idée européenne dans le plan juridique et philosophique.”
[9] Alain Supiot, Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du Droit, Ed. Points, Paris, 2009, in integrum.
[10] Riccardo Guastini, ”Théorie et ontologie chez Dworkin”, revue Droit et Société, N° 2/1986, p. 17.
[11] Voir aussi Peter G. Stein,”The Roman Jurists´ Conception of Law”, chapter I, 1.5. ”Jurist-law”, p. 7:”Jurist-law, law the developed by legal experts, became established in the last century of the Republic. Its characteristics may be summarized as follows: first, there was a continuous succession of individuals, all dedicated to the civil law, and all building on the work of their predecessors; secondly, they were intimately concerned with the day to day practice of the law; thirdly, they enjoyed freedom to express their opinions; and fourthly, they alone had the comprehensive knowledge of the civil law (Schiller 1958 and 1968). The praetor held office for one year only; the judex was concerned only with the case in which he had been chosen preside; the advocates tended to despise a concentration on legal niceties. Specialist legal knowledge was the exclusive preserve of the jurists”, into the Volume VII of ”A Treatise of Legal Philosophy and General Jurisprudence, ”The Jurists´ Philosophy of Law from Rome to the Seventeenth Century”, edited by Andreea Padovani (University of Bologna) and Peter G. Stein (University of Cambridge, UK), Editor-in-Chief, Enrico Pattaro (University of Bologna), Ed. Springer, 2007.
[12] Philippe Malaurie: ”Cour de cassation – Pour : la Cour de cassation, son élégance, sa clarté et sa sobriété. Contre : le Judge made Law à la manière européenne, par Philippe Malaurie”, La Semaine Juridique, Juris-Classeur Périodique (JCP), Edition Générale, N° 12, 21 mars 2016, pp. 546-547: ”Qu’il me soit permis de conclure cet article critique comme Patrick Morvan et moi-même avons conclu la prochaine édition (à paraître) de notre Introduction au droit (6e éd., 2016, LGDJ n° 466) : « Il faut s’attacher au droit, pur de tout commentaire. Mais Saint Paul a dit : “la lettre tue, l’esprit vivifie” (Éphésiens III 6). L’esprit sans la lettre, c’est le vent qui s’enfuit. La lettre sans l’esprit, c’est la mort de la pensée et la paralysie de l’action. À la lettre, à la grammaire et à la logique, doivent s’ajouter le sens commun, la justice et l’utilité sociale, c’est-à-dire le droit ». Il faut rester fidèle à la clarté, la précision, l’élégance et la sobriété de l’esprit français et du style traditionnel de la Cour de cassation. Il faut, autant que possible, échapper à l’arbitraire, à l’insécurité, au verbalisme et aux concepts évanescents de la Convention EDH, de la Cour du même nom et de la Cour de justice de l’Union européenne. Il est inopportun de réformer la motivation et les concepts de la Cour de cassation en s’inspirant des méthodes et des concepts de ces deux juridictions européennes.” Voir aussi : http://www.lexisnexis.fr/droit-document/numeros/la-semaine-juridique-edition-generale.htm (23.VIII.2016).
[13] Gustav Radbruch, ”Statutory Lawlessness and Supra-Statutory Law”, Translated by Bonnie Litschewski Paulson & Stanley L. Paulson, Oxford Journal of Legal Studies, Vol. 26, N° 1 (2006), pp. 10-11: ”We must seek justice, but at the same time attend legal certainty, for it is itself a component of justice. And we must rebuild Rechtsstaat, a government of law that serves as well as possible the ideas of both justice and legal certainty.”  http://www.oxfordjournals.org/en/our-journals/law.html (23.VIII.2016).
[14] David Rosand (Columbia University), ”Titian in the Frari” (1971) 53 Art Bulletin 196, at 211, p. 40, apud Andreas Philippopoulos-Mihalopoulos (University of Westminster, London), ”Flesh of the Law: Material Legal Metaphors”, in Journal of Law and Society, Volume 43, N° 1, March 2016, p. 62: ”Law as a whole is a material metaphor. No doubt to talk about law generically and without specification, risks essentialization, shedding light on one side of it (whatever the author wants to emphasize) and obscuring other sides of law. This is a real risk but also, I think, a risk worth taking, if only to avoid another risk: to perpetuate the impression that the law can be compartmentalized into public law, private law, property law, EU law, and so on.”
[15] Peter G. Stein; Roman Law in European History, Cambridge University Press, 1999, p. 88 (The reception of Roman law): Most of pre-Reformation chancellors were ecclesiastics, familiar with canon and civil law, and they drew freely on them in developing Equity. For example, the principal institution of Equity is the trust, under which the legal owner of property is compelled to hold it for the benefit of another person, the ”equitable owner”. In working out the duties of trustee in regard to their management of trust property, the chancellors could find in civil law discussions of the duties of tutors responsible for administering the property of wards under the age of puberty. Equity was therefore more open to civil law influence than the traditional common law”.
[16] Alan Watson, The Evolution of Western Private Law, Expanded Edition, The John Hopkins University Press, Baltimore and London, 2001, p. 240: ”Henry of Bracton was a royal judge who died in 1268. The treatise De Legibus et Consuetudinibus Anglie, which goes under his name, shows very considerable knowledge both of Roman law directly and of the learned continental jurists, notably Azo. The arrangement of the work also owes much to the structure of Justinian’s Institutes. What is not so easily determined is the extent to which Roman law had influenced the substance of English law. As Barton puts it, at times Bracton Romanizes but at other times he is clearly Anglicizing. How far Bracton accurately depicts the common law and the extent to which English rules in resembling Roman rules betray their origin are questions too difficult to be resolved here. What concerns us more is the likelihood that, because of the Romanized appearance of the De Legibus, if Bracton’s treatise had been influential and if he had been followed on the Bench by others trained as he was, England would have undergone a Reception. But as Milsom noted, it was the Brevia Placitata that was to prevail.”
[17] Voir Percy H. Windfield, The Chief Sources of English Legal History, 55 (1925), apud Edward D. Re, “The Roman Contribution to the Common Law”, in Fordham Law Review, Vo. 29, Issue 3, 447/1961, p. 457: “Lawers like Papinian, Ulpian and Paul, would leave their influence on anyone with whom they came in touch, and Papinian was at one time prefect of York, and may possibly have had Paul and Ulpian as his assessors there”.
[18] Valerius M. Ciucă, Euronomosofia. Vol. II. În căutarea substanței ontologice și a palingeneziei dreptului european, Subsecțiunea ad hoc ”Revizitând opus-ul lui Tony Honoré, Ulpianus. Pioneer of Human Rights, Editura Fundației Academice AXIS, Iași, 2016, pp. 500 et sq.
[19] George Mousourakis, A Legal History of Rome, Routledge, Taylor & Francis Group, London and New York, 2007, p. 195: “When new civil codes were introduced in the various European states Roman law ceased to operate as a direct source of law. However, as the drafters of the codes drew heavily on the Romanized jus commune, Roman legal concepts and institutions were incorporated in different ways and to varying degrees into the legal systems of Continental Europe. Moreover, through the process of legal borrowing or transplanting, these legal elements permeated the legal systems of many countries around the world.”
[20] William Blackstone. Commentaries on the Laws of England, 4 volumes, published by the Clarendon Press at Oxford, 1765–1769. Voir aussi Enrico Pattaro (editor in Chief, Gerald J. Postema, Peter G. Stein, Associate Editors et alii, A Treatise of Legal Philosophy and General Jurisprudence, Volume VIII. A History of the Philosophy of Law in the Common Law World, 1600-1900, by Michael Lobban (Queen Mary University of London), Ed. Springer, 2007, p. 110: ”His (Blackstone, n.m., V.M.C.) initial outline of contract law was thus not taken from authority; nut neither was it based on the multiplicity of contractual remedies in English law. Partially influenced by Roman law, he (Blackstone, n.m., V.M.C.) divided the subject into sections on the ”agreement”, ”consideration” and the different types of contract, or ”the thing to be done or omitted”
[21] William L. Burdick, The Principles Of Roman Law And Their Relation To Modern Law, The Lawyers Co Operative Publishing, New York, 1938
[22] Reinhard Zimmermann, Roman Law, Contemporary Law, European Law, The Civilian Tradition Today, Oxford University Press, 2001.
[23] David Fox, The Reception of Roman Law into the Anglo-American Common Law of Mixed of Goods, Legal Studies Research Paper Series, University of Cambridge, Paper n° 23, June 2016.
[24] Voir Robin Evans-Jones, University of Aberdeen, “Roman Law in Britain”, in Roman Law Resources (www.IusCivile.com). 2000 by Duncker & Humblot GmbH, Berlin, p. 2: « At a certain stage of their Scottish and English private law were very different in character. Scots law was strongly influenced by the Civilian tradition through the same process of legal development common too much of continental Europe called “the reception of Roman law””.
[25] Voir, en ce sens, George Plastara, Curs de drept civil român, pus la curent cu jurisprudența, legislația pozitivă, noile tendințe juridice, dreptul comparat și dreptul provinciilor alipite,  Obligațiuni, vol.IV, București, Editura Cartea Românească, 1925, p. 963. Voir aussi Valerius M. Ciucă, Drept roman. Lecțiuni, vol. II. Editura Universității ”Alexandru Ioan Cuza”, Iași, p. 24.
[26] Marc Ancel, Utilité et méthodes du droit comparé. Éléments d’introduction générale à l’étude comparative des droits, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1971, p. 31 : « Toute d’abord, une première conception – ou du moins une première tendance – consiste à procéder à l’étude de l’ensemble des droits positifs dans leur évolution et dans leur réalité effective (réalité = métaphysique en général, n.m. VMC). Certains s’inspirent ici des positions ethnologiques de Post et de Kohler pour tendre avec Lambert à « l’histoire comparative des institutions ». Le droit comparé , envisagé d’abord comme une histoire universelle du droit, voudra ensuite s’attacher à définir les systèmes ou types de droit (notamment avec Gabriel Tarde, puis Lévy-Ullmann en France, ou avec Wigmore aux États-Unis), à dégager les causes et le développement des droits nationaux (Sauser-Hall), pour aboutir à un double usage de la méthode historique et de la méthode sociologique rapprochant le droit comparé de la sociologie juridique (Ascarelli ; Rheinstein ; Jerome Hall) ou opposant la dogmatique juridique à l’étude comparative du phénomène juridique et de son évolution (Rotondi). »
[27] Jan M. Smits, The Mind and Method of the Legal Academic, Edward Elgar Publishing Limited, Chetenham, UK, Northampton, MA, USA, 2012, pp. 5-6: ”The main thesis of this book is that the development sketched above, in which the external approaches towards law get the upper hand, is a dangerous one. There is little doubt that the law can profit from the insights of other disciplines. However, this does not mean that the normative approach towards law should be abandoned. On the contrary : the core question should not be how other disciplines can help us making the academic study of law more ”scientific” but how the legal approach itself can better meet the expectations that one may have of an academic discipline. Put in a somewhat paradoxical manner: there is every reason to rediscover the legal approach to the law.”
[28] François Gény, Méthode d‘interprétation et sources en droit privé positif: essai critique, préface de Raymond Saleilles, Paris, 1899, in integrum.
[29] Philippe Malaurie, Anthologie de la pensée juridique, Ed. Cujas, Paris, 1996  (chapitres : Franciscus Accursius, Saint Toma d´Aquino, Bartolus de Sassoferrato).
[30] http://www.centrulrobertianum.ro/ (23.VIII.2016)
[31] Lucius Annaeus Seneca, Ad Lucilium epistulae morales, VI.5 (paragraful final: deinde, quia longum est iter per praecepta, breve et efficax per exempla).
[32] Valerius M. Ciucă, ”Prefață”, în Valerius M. Ciucă, Codrin Macovei, Septimiu Panainte (coordonatori), Școala dreptului organic, Vol. I, Ed. Junimea, Iași, pp.11-17.
[33] Danièle Bourcier, Pierre Mackay, Lire le droit. Langue, texte, cognition, Traduction, Ingrid Ilinca, LGDJ, Paris, 1992, in integrum.
[34] Henri Bergson, Gândirea și mișcarea. Eseuri și conferințe, Traducere de Ingrid Ilinca, Ed. Polirom, Iași, 1995, p. 119.
[35] Justinian, Digestorum seu Pandectarum, Liber primus, Titulus tertius, De legibus, senatusconsultis, et longa consuetudine, 37, De lege per consuetudinem interpretanda. Textul integral al articolului din Pandecte este următorul: Si de interpretatione legis quaeratur: in primis inspiciendum est, quo jure civitatis retro in ejusmodi casibus usa fuisset: optima enim est legum interpres consuetudo („Atunci când se doreşte interpretarea unei legi, este bine a examina mai întâi care a fost, asupra acelei materii, uzajul poporului în vremurile anterioare, deoarece cutuma este o excelentă interpretă a legilor”).
[36] Marc Ancel, Utilité et méthodes du droit comparé. Eléments d’introduction générale à l’étude comparative des droits, Editions Ides et Calendes, Neuchatel, 1971, p. 88.
[37] Dragoş Iliescu, „Unele consideraţii privind metodele şi rezultatele  interpretării”, în Studii şi cercetări juridice, nr. 4/1985, p. 295.
[38] Gheorghe Mihai, Elemente constructive de argumentare juridică, Ed. Academiei, Bucureşti, 1982, pp. 122-123.
[39] Gilbert Durand, Aventurile imaginii, apud Petru Bejan, Istoria semnului în patristică şi scolastică, Editura Fundaţiei „Axis”, Iaşi, 1999, p. 85: „O mare confuzie a domnit întotdeauna în folosirea termenilor legaţi de imaginar. Ar trebui poate să presupunem deja că această stare de fapt provine din extrema devalorizare pe care a suferit-o imaginaţia, phantasia, în gândirea Occidentului şi a Antichităţii clasice…  Conştiinţa dispune de două moduri de a-şi reprezenta lumea. Unul direct, în care lucrul însuşi pare prezent în minte, ca în percepţie sau în simpla senzaţie. Celălalt indirect, atunci când, dintr-un motiv sau altul, lucrul nu poate să se prezinte «în carne şi oase» sensibilităţii, ca de exemplu în amintirea copilăriei… sau în reprezentarea lumii de dincolo de moarte. În toate aceste cazuri de conştiinţă indirectă, obiectul absent este re-prezentat de către o imagine, în sensul foarte larg al acestui termen”.
[40] Valerius M. Ciucă, „For a Hermeneutics of Roman, Comparative and Civil Law”, în Lo Straniero (Journal of IMISE – International Movement for Interdisciplinary Study of Estrangement), Napoli, 2003, pp. 15 sq.
[41] François Ost et Michel van de Kerchove, „De la scène au balcon. D’où vient la science du droit”, în F. Chayel et J. Comaille (coord.), Normes juridiques et régulation sociale, LGDJ, Paris, 1991, p. 77. Pentru aprofundare, aceiaşi autori, „Towards an Interdisciplinary Theory of Law”, în A. Peczenik et alii (editori), Theory of Legal Science, Dordrecht – Boston – Lancaster, 1984, pp. 497-508.
[42] Molnár Péter, „Începuturile dificile ale receptării principiilor politice aristotelice în Evul Mediu occidental:  caracterul natural al guvernământului”, în Vasile Muscă, Alexander Baumgarten (coord.), Filosofia politică a lui Aristotel, Traducere din limba română a textelor din Aristotel şi Sfântul Toma din Aquino: Alexander Baumgarten şi Cristina Andrieş, Ed. Polirom, Iaşi, 2002, pp. 276 sq.
[43] Marcus Tullius Cicero, De republica, Liber tertius, XVII, în care tratează despre „adevărata lege, aceea a dreptei judecăţi, lege conformă cu natura, universală, imuabilă, eternă – aceeaşi în Atena ca şi în Roma, aceeaşi la toate naţiunile şi în toate timpurile”, Traducere Villemain, apud Pradier-Fodéré, Principes généraux de droit, de politique et de législation, Paris, 1869, p. 25, cf. C.C. Coroi, Evoluţia dreptului privat. Introducere în studiul dreptului civil, Institutul de Arte Grafice N.V. Ştefănoiu & Co., Iaşi, 1912, p. 43.
[44] C.C. Coroi, op. cit., p. 43.
[45] Domitius Ulpianus, Institutionum, Liber primus, în Digestorum seu pandectarum, Pars prima, Liber primus, Titulus primus, De justitia et jure, §3, De jure naturali: „Jus naturale est quod natura omnia animalia docuit. Nam jus istud non humani generis proprium, sed omnium animalium, quae in terra, quae in mari nascuntur; avium quoque commune est. Hinc descendit maris atque foeminae conjunctio, quam nos matrimonium appelamus: hinc procreatio, hinc educatio: videmus etenim caetera quoque animalia, feras etiam, istius juris peritia censeri”, apud Behmer, Les cinquantes livres du Digeste ou des Pandectes de l’empereur Justinien, Paris, an XII (1803), p. 42.
[46] Justinian, Institutionum seu Elementorum, Liber primus, Titulus secundus, De jure naturali, gentium et civili: Jus naturale est quod natura omnia docuit… (De jure naturali), apud Behmer, Lamort, editeurs, Mety, 1806, p. 12.
[47] Frederic Zoll, „Méthode d’interprétation en droit privé positif”, în Recueil d’études sur les sources du droit en l’honneur de Fr. Gény, Tome II, Les sources générales des systèmes juridiques actuels, Librairie de recueil Sirey, Paris, 1970.
[48] Gheorghe C. Mihai, Fundamentele dreptului. Argumentare şi interpretare în drept, Ed. Lumina Lex, Bucureşti, 1999, p. 344.
[49] Ibidem, pp. 180 sq.
[50] Dante Alighieri, Il convivo. Tratato secundo, Carlo Signorelli, Milano, 1930, Cap. I, p. 3, apud Vasile Lovinescu, Interpretarea ezoterică a unor basme şi balade populare româneşti, Ed. Cartea Românească, Bucureşti, 1933, p. 12. Autorul precizează, în context, următoarele: „Poetul florentin declară că toate scrierile – nu numai scrierile sacre – se pot înţelege şi trebuie să se explice principial după patru sensuri” (p. 12). În completarea explicaţiilor danteşti, V. Lovinescu invocă şi un text explicativ al lui R. Guenon, pe care îl reproducem în cele ce urmează pentru frumuseţea şi elocvenţa sa: „Este evident, de altminteri, că aceste sensuri diverse nu pot în orice caz să se distrugă şi să se opună între ele, din contră trebuie să se completeze şi să se armonizeze (ideea şcolii dreptului organic, n.n.) ca părţile unui întreg tot, ca elemente constitutive ale unei sinteze unice (tot idée organicistă, n.m. V.M.C.). […] Avem deci în această privinţă mărturia autorului, mai calificat desigur decât oricare altul ca să ne informeze asupra propriilor lui intenţii. Greutatea începe numai când trebuie să determinăm aceste diferite semnificaţii, mai ales pe acelea mai înalte sau cele mai profunde şi aici încep divergenţele de vederi între comentatori. Aceştia sunt, în general, de acord să recunoască sub sensul literal, un sens filosofic, sau mai degrabă un sens filosofico-teologic şi de asemenea un sens politic şi social; dar cu sensul literar nu fac decât trei şi Dante ne previne să căutăm patru; care este deci al patrulea? Pentru noi nu poate fi decât un sens iniţiatic, metafizic în esenţa sa şi căruia i se ataşează un caracter la fel de ezoteric. Tocmai din cauza acestui caracter, sensul profund a scăpat celei mai mari părţi dintre comentatori; şi totuşi, dacă este ignorat sau necunoscut, celelalte sensuri nu pot fi prinse decât parţial, pentru că el este principiul în care se coordonează şi se unifică multiplicitatea lor” (pp. 12-13).
[51] Marc Ancel, op.cit., p. 119.
[52] Hans Kelsen, Doctrina pură a dreptului, Traducere din germană de Ioana Constantin, Ed. Humanitas, Bucureşti, 2000, pp. 411-413.
[53] Patrick Wachsmann, „La volonté de l’interprète”, în Droits. Revue française de théorie, de philosophie et de culture juridiques, Vol. 28, Paris, 1999, p. 31.
[54] Aristotel, Categorii, Traducere şi interpretare de Constantin Noica, Ed. Humanitas, Bucureşti, 1994, p. 24.
[55] Hugo Grotius, I, 1, § 10.5, apud V. Hanga, Hugo Grotius. Despre dreptul războiului şi al păcii, Ed. Ştiinţifică, Bucureşti, 1968, p. 31, cf. Gheorghe Lupu, Gheorghe Avornic, Teoria generală a dreptului, Ed. Lumina, Chişinău, p. 244.
[56] Le texte, tout entière, a été, aussi, presenté dans les suivantes ouvrages: Valerius M. Ciucă, Lecţii introductive de hermeneutică juridică – Syllabus –, Editura Fundaţiei AXIS, Iaşi, 2005, pp. 176-182; Gheorghe Scripcaru, Valerius M. Ciucă, Călin Scripcaru, Psihanaliză şi hermeneutică juridică, Ed. Axis, Iaşi, 2005, pp. 53-60; „Şcoala dreptului organic sau școala hermeneuticii organice a dreptului roman comparat, rev. Hermeneia, nr. 4/2003-2004, Editura Fundației Academice AXIS, Universitatea ”Alexandru Ioan Cuza”, Facultatea de Filosofie, Iași, pp. 41 et sq.; partiellement, sur le site du Cercle de droit organique ”Școala dreptului organic” (www.centrulrobertianum.ro) entretenu par mon co-coordonateur, Codrin Codrea.


Valerius M. Ciucă

*Conférence présentée dans le cadre du congrès constitutif de la Société balkanique de droit romain et des études de tradition romaniste – Societas Jure Romano – organisé par l’Université St. Kliment Ohridski de Sofia, le 13-14.X.2016, « L’étude et l’enseignement de droit romain et de la tradition romaniste au début de XXI siècle », en attente pour être publiée dans la revue électronique Jus Romanum, sous la rédaction du Prof. dr. Malina Novkirishka-Stoyanova, http://iusromanum.eu/fr/about